La baleine dans les religions

La Genèse
La baleine était née…

Ainsi en plus des mythes et des légendes, notre mysticète est également présente  dans La Religion.
En bien ou en mal, une place non négligeable lui est réservée…

Puis Dieu dit : Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui se meuvent et qui aient la vie »
«  Dieu donc créa les grandes baleines et tous les animaux mouvant, lesquels les eaux produisirent en toute abondance selon les espèces (…)

La Genèse, chapitre 1, §24-25, La Création du monde

L’ Ancien Testament

• Nous avons déjà pu voir par l’histoire de Saint Brendan, que la baleine était présente dans le catholicisme.
Mais plus largement, on la retrouve dans toutes les religions qui se réfèrent à l’Ancien Testament, qu’elles soient chrétiennes (Jonas*), juives (Yônah) ou musulmanes (Yûnus ou Dhû-n-Nūn).
Les noms même du prophète en portent la marque : Jonas signifie « Baleine » en araméen et Dhû-n-Nūn «L’homme à la baleine» en arabe.L’épisode de« Jonas et la Baleine(5) » en est l’archétype :
Jeté à la mer par les marins pour calmer la tempête qui menace de détruire leur bateau, Jonas est avalé par une énorme baleine venue des profondeurs de l’océan. Prisonnier dans l’antre de l’animal, Jonas y reste 3 jours et 3 nuits dans l’obscurité la plus totale avant d’être finalement recraché et rejeté sur la rive. Si l’on analyse un tant soit peu cet épisode, on s’aperçoit que la baleine symbolise « Le Passage » . En effet, lorsqu’elle avale Jonas, elle l’entraîne vers les ténèbres, la mort, puis lorsqu’elle le recrache, elle le ramène à la lumière, à la vie. Il ne s’agit en fait rien d’autre que l’allégorie de la résurrection.       « De la détresse où j’étais, j’ai crié vers Yahvé, et il m’a répondu (…) Le voeu que j’ai fait, je l’accomplirai. De Yahvé vient le salut »
Il convient donc de dire que le symbolisme de la baleine a une double connotation, à la fois salvatrice et démoniaque. Lieu de sépulture et de résurrection, elle est la caverne où a lieu la résurrection.Cela étant dit, une réserve doit être mise à cette description… : dans l’ancien testament, il n’a jamais été question d’une baleine mais d’un grand poisson ! ! !« … Dieu fit qu’il y eut un grand poisson pour engloutir Jonas. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits… »
Là encore, le fantasme a joué son rôle… et le grand poisson est devenu au fil du temps une baleine… mangeuse d’homme !

La lettre Nūn

• La lettre Nūn (6) qui appartient à la fois à l’alphabet arabe et hébraïque, a pour rang 14 et pour valeur numérique 50. Elle est considérée dans la tradition islamique comme représentant el-Hût, « la baleine » ce qui lui confère le symbolisme général du poisson et plus précisément celui de « poisson-sauveur »
Bref, cette lettre Nūn se retrouve dans le surnom Dhû-n-Nūn, qui signifie « l’homme à la baleine ».Mais là ne s’arrête pas le lien de cette lettre avec notre cétacé ! En effet, par sa convexité tournée par le bas surmonté d’un point qui en est le centre, la lettre Nūn peut être associée à la forme d’une coupe, d’une matrice* recueillant le germe « terrestre » de l’oeuf du monde. Elle symbolise donc à la fois la baleine, la résurrection et le germe de l’immortalité.
Une fois encore le dualisme symbolique s’acharne sur notre pauvre baleine qui a tant un aspect « bénéfique » (retour à la vie) que « maléfique » (le passage par la mort)* Petite chose amusante à noter : La lettre arabe ” ن ” qui évoque la baleine, symbolise la matrice. Or, en grec, la matrice se dit delphús (δελφύς)  et de son coté, delphís (δελφίς) ou delphínos signifie « [poisson] qui a une matrice » ! ! ! !

 

Le Bouddhisme

• Dans le Bouddhisme (notamment au Japon) nous avons tous en tête le cliché des baleiniers japonais qui harponnent sans état d’âme et sans relâche ces magnifiques mammifères marins. Or, ne confondons pas industrie japonaise et peuple japonais dans sa globalité ; beaucoup de villages honorent l’esprit de la baleine !
Ainsi, sur l’île de Seikai-to, dans la ville de Kayoiura, se trouve un temple bouddhique où l’on célèbre depuis 1679 un service religieux pour les âmes des baleines mortes et de leurs baleineaux (tous les ans du 29 avril au 3 mai ont lieux des cérémonies). On y fait des offrandes de grande valeur et les moines y chantent durant de longues heures.
A la base de cette vénération, des pêcheurs qui, émus de voir l’affection que portaient les baleines à leurs petits, ont demandé à ce qu’un tombeau leur soit construit.
Ainsi, lorsque les pêcheurs trouvaient un embryon de baleineau  dans le ventre d’une mère en cours de dépeçage, ce dernier était enveloppé d’une natte de paille, brûlé puis porté dans le reliquaire placé dans les fondations du temple.
De plus, chaque baleine enterrée était recensée sur le registre nécrologique du temple avec la date de sa capture et le nom bouddhique posthume qui lui avait été donné.

Annexes

(5) Jonas et la Baleine : Apprenant que les habitants de la ville de Ninive sont habités par la méchanceté, Dieu demande à Jonas de s’y rendre afin de leur annoncer que la colère de Dieu va s’abattre sur eux. Peur des représailles, Jonas préfère fuir à bord d’un bateau. Mais une fois en mer, la tempête se lève, la mer se déchaîne et le vent souffle violemment.

(6) La lettre Nūn :
Pour plus de détails, voir l’article de René Guénon sur le site :
http://www.maaber.org/issue_april04/mythology_1f.htm

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