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L’essentiel sur les baleines à bosse

Une grande migratrice
présente à La Réunion de juin à octobre

Grandes migratrices, les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) parcourent plusieurs milliers de kilomètres entre leurs zones d’alimentation polaires et les zones de reproduction tropicales.

Dans l’Hémisphère Sud, cette espèce se nourrit en Antarctique pendant l’été austral (décembre à mars) et rejoint les eaux chaudes en hiver austral (juin à octobre). Chaque hiver austral, La Réunion est le théâtre de la présence de cette espèce et de leur comportement démonstratif.


Les baleines à bosse fréquentent préférentiellement la zone côtière devant Saint Gilles, et notamment le plateau de faible profondeur appelé « le sec ». Les couples mère-baleineau occupent préférentiellement les eaux proches de la côte pour le repos.

Des saisons à l’abondance d’individus variable

Globice mène depuis 2004 des suivis en mer pour recenser les baleines à bosse fréquentant les eaux de La Réunion durant la « saison ». Les effectifs varient de manière significative d’une année sur l’autre. A titre indicatif, entre 25 et 283 individus différents sont identifiés par saison depuis 2004, sur la base de photographies de la nageoire caudale qui constitue la carte d’identité unique et individuelle de chaque baleine.


Le graphique ci-dessous illustre les variations de la fréquence d’observation (nombre d’observations par heure de prospection) depuis 2004, ainsi que l’effort de prospection (en nombre de sorties) réalisé par Globice. Les années 2017 et 2018 figurent comme des années records de fréquentation des baleines à bosse à la Réunion. Les causes de cette variabilité inter-annuelle restent méconnues. Plusieurs hypothèses ont été émises comme l’impact de la quantité de nourriture disponible sur la migration ou l’utilisation d’autres zones de reproduction d’une année sur l’autre.

L’analyse de la fréquence d’observation au cours de chaque saison dégage également des profils de saison différents chaque année. Si le pic de fréquentation se situe généralement en août, l’arrivée et le départ des baleines plus ou moins précoces, ainsi que la durée de séjour des individus, peuvent sensiblement faire varier le profil des saisons.

Un taux de fidélité à La Réunion très faible

Le catalogue de photo-identifications que Globice gère et enrichit chaque saison à La Réunion compte, pour la période 2001-2019, 1621 individus différents, identifiés d’après leur nageoire caudale. Sur ces 1621 baleines à bosse, seuls 40 individus ont été observés sur au moins deux années, ce qui montre un taux de fidélité très faible au site de La Réunion.


Une fois à la Réunion, le temps de résidence est variable suivant les individus. En règle générale, 2/3 des individus ne sont aperçus qu’une seule fois au cours d’une saison, et ne sont donc que de passage autour de l’île. Le tiers restant s’établit quelques jours à quelques semaines, les individus ne restant que rarement à la Réunion sur l’ensemble de la saison.

Une grande connectivité avec Madagascar

Si des mouvements avaient déjà été observés entre Madagascar et La Réunion d’une saison à l’autre, le programme de suivi satellitaire MIROMEN I conduit par Globice en 2013 a permis de mettre en évidence pour la première fois le très haut niveau de connexion entre La Réunion et Madagascar sur une même saison. La découverte qu’une grande proportion de baleines fréquentant La Réunion rejoignent Madagascar au cours de la même année constitue une avancée majeure en termes de connaissance, démontrant l’important rôle connexe que jouent ces deux îles au niveau du cycle biologique des animaux. L’analyse des trajets migratoires démontrent notamment que les mâles visitent plusieurs sites de reproduction au cours de la saison pour augmenter leur succès reproducteur.

Le chant des baleines comme indicateur de connexion des populations

Afin de compléter les études sur la migration des baleines à bosse par photo-identification et télémétrie (pose de balises satellitaires), Globice a initié en 2016, dans le cadre du programme CCONCER, une première étude acoustique autour de la Réunion afin de vérifier s’il existait des différences de fréquentation autour de la Réunion. A l’aide d’hydrophones fixes déployés sur le fond pendant la saison des baleines (hiver austral 2016-2017). Les chants, sons sociaux et bruits extérieurs (pollution sonore par bateau par exemple) ont pu être enregistré dans les secteurs Ouest, Sud et Est de l’île. Les résultats démontrent que la zone de Saint Gilles constitue un habitat préférentiel pour les baleines à bosse pendant la période de reproduction .


Suite à la réussite de ce premier programme, une collaboration régionale a été mise en place pour effectuer un monitoring acoustique de différents sites de reproduction dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien (La Réunion, Madagascar, Mozambique, Tanzanie, Kenya, Afrique du Sud), afin de comparer leur fréquentation et d’étudier leur niveau de connexion grâce aux chants.


Le chant des baleines, émis uniquement par les mâles dans un but de reproduction, est le plus structuré et complexe des chants des cétacés. Il se décompose en un enchaînement de phrase type, que l’individu répète au cours de longues sessions de chants. La particularité de ce chant est qu’il se transmet de façon horizontale, c’est-à-dire entre individus se trouvant à proximité, et non de génération en génération. Cette caractéristique offre la possibilité, en analysant et comparant la composition des chants d’évaluer les niveaux d’échanges entre différents sites de reproduction.


Les premières analyses des enregistrements réalisés grâce au réseau d’hydrophones déployés dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien en 2018 et 2019 par Globice et ses partenaires semblent montrer une transmission du chant des côtes Africaines (Tanzanie) vers le Nord Ouest de Madagascar en fin de saison 2018, et une adoption de ce même chant sur l’ensemble des sites de reproduction du Sud Ouest de l’Océan Indien en 2019.


Cette tendance de chants se répandant d’ouest en est va être une des hypothèses à confirmer avec les nouveaux déploiements dans les années à venir (dans le cadre du programme COMBAVA) afin de comprendre à une plus large échelle la connectivité des populations de baleine à bosse pendant les périodes de reproduction.