Mystral : une mission scientifique exceptionnelle dans l’océan Austral
Dans le cadre des programmes scientifiques MYSTRAL, porté par Globice Réunion, et MARIO, porté par les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), une chercheuse de Globice Réunion, une étudiante en thèse de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), un agent des TAAF et des observateurs de mammifères marins bénévoles de Globice Réunion ont embarqué du 11 février au 12 mars 2026 à bord du patrouilleur maritime OSIRIS II de la Direction de la Mer Sud Océan Indien (DMSOI) pour une campagne scientifique d’envergure dans les eaux subantarctiques des archipels de Crozet et Kerguelen.
Ce partenariat inédit entre les TAAF, l’IRD, Globice Réunion et la DMSOI a permis une mutualisation de moyens propices à la mise en œuvre conjointe des programmes MARIO et MYSTRAL dans l’océan Austral. L’accès à ces territoires éloignés reste en effet particulièrement contraint, tant sur le plan logistique que financier. L’utilisation du patrouilleur OSIRIS II comme plateforme scientifique constituait une opportunité rare et stratégique pour cette opération. L’engagement du patrouilleur OSIRIS II de la Direction de la mer Sud Océan Indien (DMSOI) illustre la capacité des moyens de l’État en mer à appuyer des campagnes scientifiques d’envergure dans des zones particulièrement isolées. Cette coopération permet de concilier missions de service public et soutien à la recherche, au bénéfice d’une meilleure connaissance et protection des écosystèmes marins.
Par son ampleur, sa durée et les moyens déployés, cette mission se distingue comme l’une des rares à combiner, sur une période aussi longue, observations visuelles, biopsies et bio-télémétrie, acoustique passive tractée et déploiement d’hydrophones autonomes dans des régions parmi les plus isolées de la planète. Elle contribue ainsi à combler un manque de connaissances sur les cétacés de l’océan Austral.
Tandis que les équipes des TAAF et de l’IRD visaient spécifiquement l’étude des orques via des prélèvement de biopsies et la pose d’instruments de suivi satellitaire, l’équipe de Globice Réunion déployait un suivi combinant protection visuelle et acoustiques sur l’ensemble de la mission, et avait pour objectif de déployer des hydrophones au large de Crozet et Kerguelen. Elle apportait également son expertise en photo-identification et fournissait un support technique pour les opérations de biopsie et tagging menées par l’IRD sur les orques
L’étude des grands cétacés de cette zone s’avère être un enjeu de connaissance scientifique majeur. Situés au sommet de la chaîne alimentaire, les grands cétacés jouent un rôle déterminant dans la régulation des milieux océaniques et constituent de véritables espèces sentinelles, révélatrices de l’état de santé des écosystèmes. Pourtant, ces espèces emblématiques font face à des pressions croissantes, liées notamment au changement climatique, à la pollution sonore, aux déchets plastiques, aux collisions avec les navires ou encore aux captures accidentelles. Si leur présence est relativement bien documentée dans les zones côtières, leur distribution en haute mer, et en particulier dans l’océan Austral, demeure encore largement méconnue. C’est précisément ce déficit de connaissances que cette mission ambitionne de réduire, en explorant des zones jusqu’ici très peu prospectées.
Au cours de cette campagne, plus de 224 heures de prospection visuelle ont été réalisées, malgré des conditions météorologiques parfois exigeantes. Cet effort soutenu a permis de documenter 61 observations de cétacés appartenant à 13 espèces différentes, confirmant la richesse et l’importance écologique de ces zones subantarctiques. Parmi les espèces rencontrées figurent notamment la baleine franche australe, particulièrement représentée, mais aussi des orques, des cachalots ou encore plusieurs espèces de baleines à bec rarement observées, comme l’hyperodon austral ou la baleine à bec de Layard. Ces données viendront compléter les bases de données existantes, en contribuant à l’initiative NeMMO portée par le réseau IndoCet.
Parallèlement, la mise en œuvre d’un dispositif d’acoustique passive tractée a permis une écoute quasi continue de l’environnement sous-marin pendant plus de 565 heures. Cette approche a conduit à une centaine de détections acoustiques, incluant des clics de cachalots, des sifflements de delphinidés, des vocalisations d’orques ainsi que des « gunshots » caractéristiques des baleines franches australes. Ces résultats illustrent pleinement l’intérêt de combiner observations visuelles et acoustiques, en permettant de détecter des animaux parfois invisibles en surface et d’obtenir une vision plus complète de leur présence.
Le déploiement d’hydrophones autonomes à proximité des archipels de Crozet et de Kerguelen a été réalisé avec succès, dans des conditions de mer relativement exigeantes. Ces dispositifs enregistreront le paysage sonore sous-marin pendant plusieurs mois. Ils fourniront des données précieuses pour analyser les dynamiques temporelles de présence des cétacés dans ces zones isolées, situées sur les routes migratoires des grandes baleines, ainsi que les niveaux de bruits ambiants dans ces zones.
Au-delà des cétacés, la mission a également permis de collecter des informations sur d’autres composantes de l’écosystème, notamment les oiseaux marins, les pinnipèdes et les déchets flottants, contribuant ainsi à une vision globale de l’état de ces milieux.
Fort de ces premiers résultats particulièrement encourageants, une mutualisation des moyens est d’ores et déjà envisagé pour les deuxièmes phases des projets MARIO et MYSTRAL. Pour GLOBICE, l’enjeu est de récupérer les hydrophones déployés afin d’en analyser les enregistrements, mais également de profiter de ce premier retour d’expérience pour planifier une campagne de pose de balises satellitaires sur les baleines à bosse fréquentant la zone. L’objectif est d’affiner la compréhension des routes migratoires et des dynamiques d’échanges entre populations, dans un contexte de changement climatique qui affecte profondément les écosystèmes marins.
Par son caractère inédit, sa dimension collaborative cette mission constitue illustre l’importance de développer des approches innovantes et mutualisées pour accéder aux régions les plus reculées de l’océan et mieux comprendre les enjeux de conservation qui s’y jouent. Avec les campagnes à venir, les projets MYSTRAL et MARIO permettront la collecte de données majeures, contribuant de manière décisive à l’amélioration des connaissances sur la diversité des cétacés et le rôle écologique que représente ces territoires, situés à l’interface entre les eaux tropicales et antarctiques.
Le programme MYSTRAL de Globice Réunion est financé par l’Union européenne dans le cadre du programme INTERREG VI océan Indien dont l’Autorité de gestion est la Région Réunion.



























































