La migration des baleines de la Réunion
Rubrique
: Cétacés à La Réunion
Nous avons pris le parti à Globice Réunion de ne parler que des cétacés que observons nous-même le long des côtes de l’île. Jusqu’à ce jour, les baleines observées par l’association Globice depuis 2001 à la Réunion ont été uniquement des baleines à bosse (Megaptera novaeangliae).
Quelles baleines ?
Signalons quand même qu’une baleine franche australe (Eubalaeana australis) a déjà été vue à la Réunion par Sonia Ribes du Muséum d’Histoire Naturelle de St Denis. L’Ifremer a aussi signalé des rorqual à museau pointu ( Balenoptera acurostrata) au large des côtes sur des DCDP dérivants. Et cette liste n’est pas exhaustive puisque 8 espèces de baleines fréquentent les eaux malgaches (d’après l’association Megaptera).
D’où viennent « nos» baleines ?
Les baleines à bosse qui viennent à la Réunion de mi-juin à mi-octobre arrivent de l’Antarctique. De fin Novembre à fin Avril, elles séjournent dans une région située au Sud de L’Afrique du Sud à plus de 5000 km de nos côtes. C’est une aire de nourrissage. Durant cette période, elles se nourrissent principalement de krill, petite crevette qu’elles consomment en grande quantité. Elles emmagasinent beaucoup d’énergie et de graisse en prévision des 5 à 6 mois suivant durant lesquels il est admis qu’elles ne se nourriront pas.
Début de la migration :
Fin Avril, elles commencent leur migration qui les conduira le long des côtes de l’Afrique du Sud. Certaines remonteront à l’Ouest de ces côtes, d’autres se dirigeront à l’Est vers Madagascar soit dans le canal du Mozambique, soit du côté Océan Indien. Une partie d’entre elles vient jusqu’à la Réunion et l’île Maurice. Les plus courageuses atteindront Mayotte ou les Seychelles.
Durée de la migration et distance accomplie :
Le voyage aller dure entre un mois et un mois et demi. Durant ce laps de temps, les baleines vont parcourir plus de 5000 km (trajet aller) à la vitesse moyenne de 4 à 8 km/heure.
Organisation de la migration :
Cette migration ne se fait pas d’une manière aléatoire. Elle est organisée en fonction des conditions de reproduction. D’après Michel Vély de l’ Association Megaptera Mayotte qui les a longuement étudié à Ste Marie (Madagascar), les premières arrivées sont celles qui ont un baleineau âgé déjà d’un an et qu’elles vont sevré.
Puis suivent les baleineaux de 2 ans. Les immatures, celles qui ne se sont pas en age de se reproduire suivent ces premiers groupes.
Les mâles reproducteurs arrivent ensuite, suivis des femelles en repos de cycle. (les baleines font un petit tous les 2 à 3 ans). En dernier viendront les baleines qui vont mettre bas avec un décalage de trois semaines par rapport aux premières arrivées.
But de la migration :
Le but de cette migration est la reproduction de l’espèce. Les baleines viennent d’une part mettre bas et d’autre part se reproduire dans nos eaux.
N’oublions pas que les baleines sont des mammifères marins, donc des êtres à sang chaud (36°) et qu’il vaut mieux pour tout le monde que les petits naissent dans des eaux plutôt tempérées (24°) qu’en Antarctique (4°) où le choc thermique serait fatal au petit.
De plus, proche des côtes, leurs petits y sont plus à l’abri des prédateurs que sont les orgues et les requins. A noter que toutes les baleines effectuent la migration. La cohésion sociale est très forte chez l’espèce et celles qui n’ont pas une fonction de reproduction, ne se contentent pas de tenir la chandelle. Elles aident les baleines qui mettent bas, protègent les petits, aident le jeune mère…etc. On les appelle des «escortes» ou des «tantes»
Le séjour à la Réunion :
La naissance. A la naissance, le nouveau-né de la baleine à bosse mesure déjà 4 m pour un poids d’une tonne. Il naît la queue la première afin de ne pas être asphyxié si cela dure trop longtemps. Sitôt sorti, sa mère le porte en surface afin qu’il puisse respirer. Puis le petit commence sa première des 30 et 40 tétée quotidienne. Chacune lui apportera une douzaine de litres d’un lait très riche en matières grasses. Globice Réunion a eu la chance d’assister en direct à ce beau spectacle au large de St Gilles.
La reproduction : certaines femelles en chaleur subiront les assauts bruyants et démonstratifs des mâles. Vaut mieux ne pas se trouver trop près à ce moment là . Certains en gardent encore un souvenir ému.
Le séjour :
Outre la reproduction, les 4 mois de leur séjour à la Réunion seront nécessaires aux nouveaux-nés pour qu’ils prennent suffisamment de force pour le retour.
Dès 2001, Globice Réunion a pu mettre en évidence que la Réunion était bien une zone de mise bas pour les baleines en photographiant de jeunes nouveaux nés qui n’avaient pas encore la force de nager seul longtemps. Il est admis que les mères ne prendraient pas le risque de nager en haute mer avec leurs petits qui seraient alors la proie des requins ou des orques. (Si, si , il y en a au large des côtes de la Réunion.)
C’est ainsi qu’on peut voir les baleines évoluer le long des côtes de la Réunion avec leur petit, parfois aidés d’une tante.
La photo-identification nous a permis de suivre les mêmes couples mère baleineau sur toute une saison.
Le retour :
Toujours d’après Michel Vély, les baleines qui viennent d’être fécondées, ayant accompli leur fonction, repartent les premières. Elles sont suivies par les femelles en repos de cycle et les immatures. Les mâles passent d’un groupe à l’autre. Logiquement, les couples mère baleineau repartent en dernier afin de laisser au petit le temps de prendre le plus de force possible pour le trajet du retour.
Rappelons que le trajet retour d’une distance de plus de 5000 km, durera plus d’un mois. Durant ce voyage les petits seront à la merci des requins ou des orques qui n’hésitent pas à attaquer durant de longues heures afin de venir à bout de résistance de la mère.
Celles qui arrivent à destination se jetteront alors goulûment sur les bancs de krill après un jeûne de près de six mois dû à leur voyage (A/R) et au séjour à la Réunion. Durant ce laps de temps, les femelles allaitantes auront perdu près de 50% de leur poids, ce qui correspond à près de 20 tonnes chez la baleine à bosse. Elles auront alors 6 mois pour engraisser en vue de la prochaine migration.
